Ce la fait déjà 1 mois que j’ai réservé 3 places pour aller voir Les Vagues de Virginia Woolf au Théâtre de la Colline : Une pour moi, une pour Ségolène, et une pour sa mère qui est passionnée par l’auteur.

Pourquoi ai-je pris ma place ? Non je ne suis pas une fervente admiratrice de Virginia, non je ne suis pas adhérente du théâtre, et non je n’avais jamais entendu parler de cette pièce. J’ai juste pris ces places comme dernier recours à un plan drague; pour apercevoir sur scène un jeune homme que j’ai rencontré aux deux derniers nouvel ans et qui ne se souvient pas du tout de moi. C’est tout à fait pathétique : au premier nouvel an il m’a tapée dans l’oeil, mais j’étais divisée entre secourir Ségolène qui se vomissait dessus à ma droite et profiter qu’il avait choisi d’endosser le rôle de barman pour lui réclamer des verres à ma gauche. J’ai plutôt réussi à jongler entre ma droite et ma gauche, retirant les Curly qu’on avait mis dans le nez de Ségolène pendant qu’elle s’était assoupie, et me faisant servir de nombreux verres par cet inconnu. Le nouvel an suivant j’étais escortée de Chuck, par conséquent je n’ai pu l’approcher. Et je me suis dit que c’était surement un signe du destin quand je l’ai recroisé tout à fait par hasard dans une rue de Dijon, mais là encore accompagnée de Chuck.

Après enquête j’ai appris que le mystérieux barman du nouvel an étant en réalité comédien et pour me faire remarquer je n’ai trouvé d’autre alternative que de payer 30 euros pour aller l’applaudir dans la pénombre, devant une pièce de 3h, entourée de nombreux anonymes.

Je pensais bien aller lui parler après le spectacle, épaulée par Ségolène et sa mère, mais je n’avais pas prévu qu’elles me poseraient un lapin et que je finirai seule, affamée et bien entendu incapable d’aller adresser la parole à mon petit comédien.

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Ma super amie qu’on appellera « Ségolène » est revenue de Montréal pour 2 semaines de vacances parisiennes et a décidé d’en profiter pour fêter son anniversaire à la Bellevilloise, à l’occasion d’une soirée burlesque. Après le diner au restaurant du lieu avec ses amis versaillais nous avons rejoint la fête où m’attendait Bu, escorté de « Chuck », l’ex que j’ai largué en juin dernier. Le problème de Chuck est qu’il n’a toujours pas compris que notre relation était bien finie, et qu’il espérait qu’avec cette rentrée, tout reviendrait comme avant. Il a donc collé Bu pendant 1 jour et demi dans l’espoir d’être présent à cette soirée et de me convaincre de notre relation; or s’il a bien réussi à être de la partie, il n’a pas réussi à me convaincre. C’est ainsi qu’après une énième et ultime discussion dans le sous-sol de la Bellevilloise, sur fond de films pornos et de filles surmaquillées en petites tenues, il a convenu qu’il préférait ne plus me voir et m’a fait ses adieux.

Peu après, je dansais innocemment avec ma bande au 1er étage, quand soudain un type se propulse sur moi et m’embrasse la joue avec une insistance non dissimulée, laissant le reste du groupe pantois. C’était Le Goitre.

Le Goitre, c’est ce type que j’ai rencontré sur un site en août et qui, comme son nom l’indique, en est pourvu. Après un été difficile je m’étais inscrite dans un moment de blues, et après 4 rencontres j’avais jugé que celui-ci était peut-être le mieux, sans être toute fois complètement convaincue. Après 2 rendez-vous et un mince baiser, il partait en vacances 20 jours au Japon, je pensais qu’ainsi je n’aurais plus de ses nouvelles et pourrait reprendre ma routine; mais c’était sans compter sur internet et la générosité des textos de ce monsieur. Il est revenu comme prévu, nous nous sommes revus, ça a été un peu plus chaud que les rendez-vous précédents et nous avons partagé une semaine commune à Paris avant que ce soit mon tour de partir en vacances en septembre. N’étant toujours pas convaincue par cette idylle naissante, j’avais décidé que je profiterais de ce voyage pour ne jamais reprendre contact, faire un peu comme si je n’étais jamais rentrée. C’est alors que son côté psychopathe a commencé à se manifester. Tout d’abord le matin de mon voyage, j’étais levée depuis 7h à finir ma valise, quand soudain l’interphone retentit : c’était Lui. Ca ne m’arrangeait pas du tout mais je lui ouvre la porte. Il débarque fièrement muni de petites viennoiseries, mentionnant qu’il n’allait pas me laisser partir sans un dernier « bisou » : je lui offre ce bisou pensant qu’il va repartir mais non, il s’installe, et me regarde faire mes sacs en stipulant qu’il ne me dérangera pas. Ma soeur qui se réveille à ce moment là n’a pas pu s’empêcher d’éclater de rire en voyant la scène, lui immobile ne sachant où fourrer sa carcasse, me regardant m’agiter dans un état de nervosité latent. Puis vient l’heure du départ, il m’escorte jusqu’au départ des bus à Porte Maillot, faisant ainsi la connaissance malgré moi des amis avec lesquels je partais. Je me souviens encore de la remarque grimaçante de « Joël » en l’apercevant « mais qu’est-ce que c’est que ça ? ». Le Goitre n’a quitté le parking que lorsque notre bus a fermé ses portes. J’étais horriblement gênée et tellement contente de partir pour ne plus jamais le revoir. Quelle ne fût pas ma surprise (et mon désarroi) quand il m’a harcelée de textos pendant toutes mes vacances. J’y répondais au début puis plus du tout. J’élaborais secrètement avec mon équipe ma technique de rupture, on s’est mis d’accord sur un « il faut qu’on parle » envoyé par texto depuis la France au retour (pour pas qu’il me rappelle directement si j’avais été en Espagne car ça m’aurait couté une fortune). Evidemment il m’a rappelée tout de suite, mais étant encore à l’aéroport à attendre mes bagages, ça ne m’arrangeait pas de répondre, j’ai donc ignoré ses appels. Nous plaisantions déjà du fait qu’il pourrait encore m’attendre à l’arrivée des bus, et j’avais élaboré une stratégie pour me déguiser en Joël et m’enfuir discrètement au cas où. Mais heureusement il n’était pas si mentalement dérangé et chacun a repris le trajet de sa maison. J’arrive dans ma rue quand je distingue au loin une silhouette, au fur et à mesure que je me rapproche je le reconnais : c’est encore Lui. Il m’attend en bas de chez moi depuis qu’il sait que je suis rentrée. Je le fais monter pour qu’on parle, comme annoncé dans mon texto. Là il y a eu embrouille : il a demandé à prendre la parole le 1er et m’a fait tout un discours sur le fait qu’il avait surement été trop rapide quand il avait parlé de notre premier anniversaire des 1 mois, et qu’il se proposait de ralentir et qu’on reprenne là où on en était resté. Je lui explique que c’est pas le problème des 1 mois c’est juste que je ne suis pas dedans et que je vais réfléchir à sa proposition mais qu’à priori ça ne sert à rien. Je parviens finalement à le mettre dehors tandis qu’il me dit que quand on aura repris notre « relation » je pourrais même choisir la date exacte de notre anniversaire…

Bref quelques évènements plus tard on est censé avoir bien rompu, et le croiser par hasard à la même soirée que moi me fait légèrement flipper. Je me demande en fait jusqu’à quel point c’est du hasard. Il s’immisce dans mon groupe d’amis qui le dévisage se demandant qui il est, d’autant qu’il est peinturluré de rouge à lèvres de la tête au nombril et qu’il est encore plus effrayant comme ça.

S’en suit une soirée que Ségolène définirait de type Benny Hill, où on a pu me voir gravir les étages et redescendre les escaliers pour réapparaitre par des sortes de passages secrets afin d’échapper tantôt à Chuck, tantôt au Goitre, et tout le monde se cherchait tout le temps. Le film porno tournait en boucle sur l’écran, Chuck est parti les larmes aux yeux, Le Goitre est resté, Bu a embrassé l’amie du Goitre dans un recoin, et je suis rentrée avec Ségolène dans la nuit.

Nous étions au Smoke pour la 3e partie de l’anniversaire de « Bu », mon bro, afin de lui remettre enfin son cadeau : un magnifique synthé. Ce fut une soirée très tranquille, mais quand Bu a proposé qu’on finisse au Shannon, un pub du quartier dont on ne ressort pas indemne, j’ai préféré décliner. En effet chaque soirée passée dans ce pub ressemble à un bal inquiétant où les têtes se déforment et où les corps évoluent sur la piste de danse tapissée de bière comme des marionnettes tirées par un manipulateur ivre. J’ai uniquement quelques souvenirs de l’endroit qui me reviennent comme des flashs : des bottes dorées à paillettes sorties d’un sac à main, des chapeaux de pirates, des verres renversés, une arcade sourcilière ouverte, Bu se mariant avec une africaine en chaleur, mon amant canadien embrassant un vieux gay puis faisant tournoyer sur la piste un autre homme en fauteuil roulant, une bande de marines nous déclarant leur flamme…Bu compare cet endroit à un bateau qui tangue.

Parce que je n’ai toujours pas récupéré de la grosse fête du week end dernier, j’ai choisi de rentrer sagement et de finir la nuit seule dans mon lit avec un livre et une tisane.

Après une soirée lourde en émotions vu que je suis toujours en train d’essayer de larguer Le Goitre qui se montre rétif (je développerai ceci dans un autre post), je suis rentrée en taxi. Le galant m’a quand même ramenée jusqu’à la borne la plus proche et a tenu à me prendre une peut-être dernière fois dans ses bras.

Ceci a pu donner une base solide au chauffeur pour la discussion qui allait porter mon trajet. Ca a débuté sur l’homme du XXIe siècle qui ne ramène plus sa « charmante » en voiture, puis ça a dévié sur sa tronçonneuse, sur les jeunes filles qu’il avait ramenées dans son manoir d’Ormesson, sur comment il avait monté la température de son salon jusqu’à 31° en plein mois de janvier pour voir « les 2 pimbèches » se déshabiller, sur comment ils les avaient saoûlées au champagne et au bordeaux, sur comment il leur avait servi le poulet cuisiné par sa mère qui vit dans la chambre du 1er étage, sur comment ils avaient parié qu’il faisait la même température dans sa chambre à lui, et sur comment ayant perdu le pari elles se sont retrouvées à passer la nuit avec lui dans sa chambre bien chauffée.

Garé devant ma porte d’entrée, il en était à m’évoquer le plaisir de manger ses tartines du matin garnies des noix du jardin, quand soudain il m’a proposé de me faire visiter cette magnifique demeure dans la foulée. J’ai très vite prétexté que je me levais probablement plus tôt que lui et que je n’aurais donc malheureusement pas le plaisir de goûter ses noix, j’ai quitté la voiture à la hâte, claqué la porte derrière moi et une fois dans mon hall j’ai soufflé « ouf, ce n’est pas ce soir que je me ferai zigouiller par un psychopathe à la tronçonneuse ».

Un long dimanche que celui-ci, dont j’attends patiemment la fin. Aux 30 ans de mon frère spirituel en quelque sorte, hier soir, j’ai testé pour la 1ere fois un « taz » comme on dit maintenant. Grâce auquel j’ai pu tenir le rythme comme tout le monde et quitter la fête vers 14h. Je me sens à cette heure-ci atrocement vieille et je dois attendre une heure raisonnable pour me coucher si je ne veux pas être trop décalée demain.

Et je me suis terriblement ennuyée.

J’y suis allée avec mon ami, que nous appellerons « Joël », dans l’intention secrète de le coincer sur un coin du dance floor, dans la chaleur moite, avec un peu d’alcool dans le sang. Son prétexte à lui pour y aller avec moi, c’était que je l’aide à repérer des filles potentiellement intéressées et à les mettre en contact. (Il faut savoir que la dernière fois qu’on y avait été ensemble, il avait réussi à se faire draguer par une jeune fille et était tombé à terre des suites d’un malaise vagal au beau milieu de cet évènement). Par un hasard malchanceux nous sommes tombés nez à nez sur celui que nous nommerons « Li », ami de Joël et vague ex petit copain de ma personne, accompagné d’une de ses connaissances rebaptisée pour l’occasion « Chang ». Avec Li entre nous, occupé à se moquer de tout le monde, impossible de mettre mon plan machiavélique à exécution. Cela dit il avait raison de rire, Li, parce que le Rosa Bonheur, ce n’est vraiment plus ce que c’était, la piste de danse avait des airs de Cour des Miracles, et donc si j’avais voulu reporter mon dévolu sur quelqu’un d’autre dans l’assistance c’eût été difficile : « pas le moindre petit morceau de mouche ou de vermiceau » aurait dit Lafontaine. En effet, coincée sur la piste entre 3 petits gros qui me fixaient d’un air avide derrière leurs lunettes et me faisaient tournoyer de leurs grosses paluches humides dans l’effluve de leur forte transpiration sur un air de cha cha cha, j’avais juste envie d’envoyer des fusées de détresse et de quitter ce lieu en courant.

Je me suis finalement faite raccompagner en voiture par Chang, qui habite presque le même arrondissement et qui a, je pense, tenté un instant drague de la dernière chance en me proposant un ultime verre sur une péniche à BNF. Je me suis enfuie assez vite de sa voiture quand il est entré dans ma rue, ne laissant pas derrière moi mon numéro de téléphone.

J’étais heureuse de rentrer enfin, jusqu’à ce que je tombe sur ma soeur, avec laquelle je vis, en plein ébat sexuel au milieu de l’appartement.

C’est sur les conseils de ma psy, qui depuis 3 ans m’encourage, que j’ai finalement décidé de m’y mettre.

Ce n’est pas à des fins thérapeutiques mais parce qu’elle trouve que j’ai « un style » ; j’ai d’ailleurs l’impression à chaque séance de faire un one man show à un one man public : 45 minutes pendant lesquelles elle rit, elle pleure, elle a l’air captivé, elle prend même des notes, parfois j’ai l’impression qu’elle aurait envie d’applaudir, à ceci près qu’à la fin c’est moi qui paie.

Bienvenue dans le monde merveilleux de Basile Maupert.