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Je devais voir « Edouard », mon ex, le physicien dépressif, et n’ayant pas fait mes courses depuis 2 semaines, je suis toujours contente qu’on m’invite à dîner mais je dois traiter une grosse charrette comme on dit dans le milieu.

Il faut dire qu’il y a un retour en force des ex en ce moment, je pense que c’est le début de l’hiver qui déclenche ce genre de réaction; moi-même je me sens très nostalgique de mes différentes relations et je me fais violence pour ne pas contacter Chuck.

J’ai déjà craqué lundi soir en acceptant une bouffe chez le Goître, bien que je n’ai pas cédé davantage car, heureusement, la vue de sa chemisette d’informaticien, l’odeur âcre de son haleine et surtout cette bouée sous son cou, m’ont ramenée à la réalité.

Edouard a déjà rencontré mes parents dimanche, alors qu’on n’est plus ensemble depuis 2 ans et que mes parents n’ont jamais su qu’il existait. Mais à l’occasion de mon anniversaire, mes tendres géniteurs sont venus diner avec moi rue Mouffetard et Edouard, qui m’appelait au même moment savoir où j’étais, s’est plus ou moins incrusté au café. Ca s’est soldé dans un troquet pour trinquer avec lui. Ma mère a déclaré plus tard qu’il avait un regard de pervers qu’elle trouvait inquiétant, et mon père s’est contenté de conclure qu’il voulait coucher avec moi. Il s’avère que les deux ont raison.

Je suis fatiguée. J’ai passé le week end dernier à Amsterdam pour fêter mon anniversaire, qui a réellement lieu demain, et depuis je n’arrive pas à récupérer. Trop de Van Gogh, trop de Heineken, trop de coffee shops, trop de champis : j’ai même rêvé la nuit dernière que je trouvais la caverne d’Ali Baba remplie de shit.

Et puis surtout j’ai le blues, peut-être comme chaque veille d’anniversaire, quand je fais le bilan sur ma vie, ou peut-être juste parce que j’ai mes règles. Toujours est-il que ce petit concert ne m’a pas paru transcendant, que j’avais la tête ailleurs, que le serveur de l’OPA, Thierry, torse-nu et en moule bite, me donne la nausée, et que les différents verres qu’on nous a offert tout à l’heure en terrasse n’arrangent rien. Je suis rentrée chez moi avant minuit, seule, et demain j’ai 31 ans.

Trop de fatigue, d’insomnies, de levers aux aurores et d’agence ont eu raison de moi. Je suis sur les rotules et quand je pense au week end qui m’attend, il faut absolument que je prenne des forces.

Je retrouve le plaisir de travailler en agence : se trainer dans le froid de l’aube pour finalement passer sa journée à chatter avec les potes pour passer le temps. Ainsi je suis passée matrice du réseau, toutes les informations me parviennent, je fais le tri, et relaie aux personnes intéressées. J’ai donc appris que Bu avait un épanchement de la plèvre, un gros coeur et du diabète, tout ça à la fois, que Joël avait une grosse boule douloureuse dans la gorge, que Marc venait de comprendre que sa copine était conne, que ce serait une bonne nouvelle qu’il la largue car ça me ferait une place dans sa voiture pour le retour d’Amsterdam, que Françoise me trouvait molle en vacances, et plein d’autres histoires tout à fait croustillantes.

Je m’éclipse à 19h pour aller retrouver un jeune ex-collègue qui me réclame régulièrement qu’on aille boire un verre. Soirée calme, j’ai fait ma mitzva, à 22h30 je paie ma part, emballé c’est pesé. Enfin non… pas emballé. Trop jeune.

Angela est une amie de mon ex amant canadien « Brandon », c’est une fille très intéressante parce qu’atypique : issue d’une famille éclatée, qui n’adresse plus la parole à sa mère, qui s’est expatriée 4 ans à Montréal où elle s’est mariée à un canadien, avant de le ramener il y a un an à Paris où ils vivent une vie de bohème entre petits boulots, textes pour la radio et, je viens de l’apprendre, l’écriture d’une comédie musicale vaguement autobiographique. Ces quelques verres ont été l’occasion de faire le point sur ces 3 derniers mois pendant lesquels nous ne nous sommes vues, et c’est là que je me suis aperçue que pendant 3 mois j’avais essentiellement travaillé, j’ai certes fait 2 pauses vacances En Avignon et en Andalousie, mais ce furent de petites pauses, j’ai enchainé 4 mecs d’un site de rencontre dont un espèce de psychopathe que je passe plus de temps à virer qu’à draguer, je n’ai même pas tellement développé mes blogs, bref en 3 mois, je n’ai rien fait de remarquable. Angela m’a même demandé ce que j’avais et si j’étais fatiguée, j’en ai déduis que je devais avoir une très sale gueule; faut il accuser l’insomnie, la journée passée en agence non stop devant l’écran ou ce merveilleux coiffeur ?

C’est donc ça le mauvais point de revoir des gens qu’on n’a pas vue depuis longtemps, on est amené à faire le point sur les derniers mois et parfois ce n’est pas brillant.

Je profite de l’anniversaire d’un ami dans un bar du 11e pour exhiber cette nouvelle coupe, que personne n’a remarquée. Une petite coupe insignifiante à 50 euros qui donne juste l’illusion que j’ai les cheveux gras, que la journée de travail a été rude, et que j’ai pris 10 ans depuis l’avant-veille.

C’est à dire que jeudi après-midi, comme tous les jeudis, j’évitais ma femme de ménage (rester là en sa présence me met mal à l’aise : je me sens trop colonialiste) et j’hésitais, comme occupation, entre la FIAC, l’achat de cadeaux d’anniversaires, et un tour chez le coiffeur. Parce que l’art moderne c’est vraiment de la blague, et que l’achat de cadeaux a pris beaucoup moins de temps que prévu, j’ai conclu qu’après an et demi sans coupe il était urgent d’y remédier. Je me suis donc mise en quête d’un salon de coiffure. Je suis passée devant plusieurs devantures en cherchant à travers la vitre comment les gens étaient coiffés et je ne sais pas pourquoi, dans tous les salons, les coiffeurs étaient des hommes et ils étaient tous chauves. Je ne sais pas si c’est typique du jeudi. Toujours est-il que je rechigne un peu à me faire couper les cheveux par quelqu’un qui n’en a pas, ça n’augure rien de bon.

Je continue donc ma quête, et je trouve un Camille Albane, je me dis que c’est une chaîne connue, que ma soeur y va souvent et en ressort bien coiffée, et bien que le salon soit totalement désert, pas plus de coiffeurs que de clients, je m’y risque. Mon pas résonne à l’intérieur, je demande si il y a quelqu’un, une fille arrive en courant et me dit de m’installer au 1er étage, je m’exécute, on me présente le coiffeur. Il est chauve. La suite, vous la connaissez.

J’aime beaucoup ma cousine, mais parfois elle est très agaçante quand du haut de ses 25 ans elle se donne des airs de femme qui a déjà tout vu tout vécu. Elle me rappelle sa mère. Encore samedi dernier, j’étais partie voir ma grand-mère dans sa maison de retraite et je tombe sur les parents de Couz, ce qui n’est pas de chance, parce qu’après tout un périple de transports pour échanger quelques mots avec ma grand-mère, je devais endurer ma tante qui m’agrippait le bras pour me raconter ce qu’elle avait fait de son week end et me montrer des photos de macramés sur son téléphone. C’est déjà assez difficile comme ça de se motiver à entrer dans ce sanctuaire : ça suppose de traverser le hall d’entrée où l’on croise des personnes âgées qui attendent quelque chose qui ne viendra pas, retenir celle qui essaie de s’enfuir en prétextant qu’elle a un train, slalomer entre les fauteuils roulants de papis assoupis, éviter les portes derrière lesquelles s’échappent des cris stridents, et enfin retrouver ma mamie calfeutrée dans sa pièce, paralysée par les hurlements de ses voisines, refusant de se mélanger au tumulte, victime d’intrusions nocturnes par la vieille dame d’à côté qui vient lui voler ses biscuits.

Je ne gravis pas tout ce parcours pour endurer la discussion plate de ma tante qui interrompt ma grand-mère pour me raconter comment elle a décoré sa douche à Dieppe. Hé bien c’est pareil avec ma cousine. Elle a cette manie de raconter un fait sans intérêt comme si c’était une prouesse extraordinaire, de type « j’ai pris un velib bourrée l’autre nuit et j’ai failli rentrer dans un pot de fleurs », ponctuant la phrase d’un geste qui consiste à remonter les avant-bras de façon à ce que les paumes soient face à face de part et d’autre de la tête, les doigts écartés en roulant ses grands yeux marrons comme des billes. Alors moi j’ai débranché le son, j’ai dégusté mon pho, j’ai regardé la table d’à côté, j’ai fait l’inventaire de ma journée de demain, j’ai souri un peu, j’ai dit parfois « hum », et puis l’avantage d’une cantine cambodgienne, c’est qu’on y reste pas des heures.

Le vie est parfois bien faite. Profitant de mon oisiveté ces jours-ci, j’ai participé à un jeu-concours et… j’ai gagné !

Et quand je dis j’ai gagné, c’est que j’ai tout gagné : par voie de fait j’ai pu décommander Le Goitre avec lequel je devais passer la soirée, et j’ai pu inviter Joël à le remplacer. Comment se fait-il que Le Goitre soit encore de la partie ? Je sais… après sa présence suspecte à La Bellevilloise samedi dernier, je pensais rompre tout contact; mais si je n’ai rien posté mardi soir c’est que la censure ne me le permettait pas. En effet dans un moment de solitude, succombant à un désir primaire, j’ai décidé de choisir le 1er venu, et comme j’ai pu l’expliquer dans une note antérieure il semble que celui-ci se soit donné pour mission d’être présent sur mon palier à chaque fois que j’ouvrirai la porte; donc oui, cher lecteur, mardi soir j’ai fauté. Evidemment, j’ai immédiatement regretté, d’autant qu’en seul souvenir de la soirée il m’a laissé une cystite.

Est-ce la peine de préciser qu’il commence à réellement endosser le rôle du psychopathe ? Cet après-midi, alors que je flânais avec Ségolène aux Printemps, je suis tombée sur lui devant les grands magasins à une heure où il est supposé travailler, soi-disant pour acheter des luminaires. Que je le croise par hasard à la Bellevilloise, passe encore, mais aux Printemps en pleine semaine, dans ces circonstances, m’apparait comme une coïncidence plus que douteuse.

Aussi, rien de tel qu’un bon petit concert au Point Ephémère pour se calmer les nerfs. Ca commence par une descente sur ces vieux quais pavés, puis, amarrée devant la salle, une sorte de vieille galère à rames sur la voile tendue de laquelle étaient projetés des films d’animation à l’ancienne. Et enfin le concert dans une ambiance intimiste, écrasée entre une Whoopi Goldberg ratée et un videur qui partageait ses frites de façon évocatrice avec une spectatrice, j’avais l’impression d’être loin.

C’est un texto du Goitre qui a mis brusquement fin à mon voyage, me demandant si je venais dormir chez lui.