J’aime beaucoup ma cousine, mais parfois elle est très agaçante quand du haut de ses 25 ans elle se donne des airs de femme qui a déjà tout vu tout vécu. Elle me rappelle sa mère. Encore samedi dernier, j’étais partie voir ma grand-mère dans sa maison de retraite et je tombe sur les parents de Couz, ce qui n’est pas de chance, parce qu’après tout un périple de transports pour échanger quelques mots avec ma grand-mère, je devais endurer ma tante qui m’agrippait le bras pour me raconter ce qu’elle avait fait de son week end et me montrer des photos de macramés sur son téléphone. C’est déjà assez difficile comme ça de se motiver à entrer dans ce sanctuaire : ça suppose de traverser le hall d’entrée où l’on croise des personnes âgées qui attendent quelque chose qui ne viendra pas, retenir celle qui essaie de s’enfuir en prétextant qu’elle a un train, slalomer entre les fauteuils roulants de papis assoupis, éviter les portes derrière lesquelles s’échappent des cris stridents, et enfin retrouver ma mamie calfeutrée dans sa pièce, paralysée par les hurlements de ses voisines, refusant de se mélanger au tumulte, victime d’intrusions nocturnes par la vieille dame d’à côté qui vient lui voler ses biscuits.

Je ne gravis pas tout ce parcours pour endurer la discussion plate de ma tante qui interrompt ma grand-mère pour me raconter comment elle a décoré sa douche à Dieppe. Hé bien c’est pareil avec ma cousine. Elle a cette manie de raconter un fait sans intérêt comme si c’était une prouesse extraordinaire, de type « j’ai pris un velib bourrée l’autre nuit et j’ai failli rentrer dans un pot de fleurs », ponctuant la phrase d’un geste qui consiste à remonter les avant-bras de façon à ce que les paumes soient face à face de part et d’autre de la tête, les doigts écartés en roulant ses grands yeux marrons comme des billes. Alors moi j’ai débranché le son, j’ai dégusté mon pho, j’ai regardé la table d’à côté, j’ai fait l’inventaire de ma journée de demain, j’ai souri un peu, j’ai dit parfois « hum », et puis l’avantage d’une cantine cambodgienne, c’est qu’on y reste pas des heures.

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